Vibrations

 

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Photo Hengki Koentjoro

 

Ils se sont accordés en vibrations duelles

Au bout de leurs errances et des sursauts de l’âme

Entre eurythmies factices et distorsions cruelles,

Ils ont gravé sur eux le même monogramme

Dans l’encre des fêlures et le fiel des mensonges,

Ils se sont reconnus à la croisée des rêves

Réprimés en leur fond pareil à cette éponge

Qui retrouverait forme au baiser de la grève..

 

BaBeL (2014)

 

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Tout est là..

 

Ewa Hauton

Peinture Ewa Hauton

 

Dans tout ce qu’elle avait cru savoir,

elle avait ignoré qu’il y a toujours une chose

qui nous échappe, qui change d’état sans

que l’on s’en aperçoive, un fourmillement,

une buée sur la vitre qui déforme la vision.

 

Pourtant tout était là, le cendrier sur la table

basse, le fauteuil à bascule qui reste immobile,

la corbeille de fruits rêvant d’autres couleurs,

et les mots au bord de ses lèvres qui tombent

comme des feuilles et qu’on n’entend pas.

 

Elle était là elle aussi, comme le jour et la nuit

confondus dans ce même crépuscule, mais

dans ce souffle du vent qui fait frémir les arbres,

dans ce silence ponctué par le bruit des vagues,  

sans même le savoir elle était entrée dans l’infime

 

BaBeL (17/08/2017)

 

 

 

Les instants infidèles

 

Marie Laure Flaive

 

Elle mit le coquillage tout près de son oreille et reconnut la musique de l’hiver qui lui ferait tout oublier. Le cheval fou qui galopait dans sa tête finirait sa course sous le déluge du silence quand le voyage prendra fin. La bête s’enfoncera dans les eaux noires emportant avec elle tous les abandons et toutes les trahisons.

Le regard bienveillant du père autrefois posé sur elle avait comblé totalement son besoin d’attention et de protection. Ces petites scènes de famille qu’elle avait enviées aux autres, s’inscriraient aussi dans le livre de son enfance comme un chef-d’oeuvre. Les dernières fleurs de l’automne, même privées de sève, embaumeraient encore les pages de cette mémoire-là

Telle une funambule aguerrie, elle s’était élancée sur le fil ténu qui la séparait de l’inconnu. Elle s’était dit que son absence au pays des fées et des contes d’imposture ne laisserait aucune trace de son passage. L’adieu se graverait désormais dans l’écriture ou bien dans l’illusion.

A présent elle savait seulement qu’elle n’oublierait jamais la lune et les étoiles.

BaBeL (11/08/2017)

 

Indéfectible..

 

 

Elle s’est éteinte comme d’autres s’enflamment

sans crier gare,

buisson trop ardent qui a fini par s’épuiser

dans sa quête indéfectible d’absolu

quand d’autres se dispersent en gesticulant,

flammèches illusoires qui ne valent

même pas cendres

au coeur d’un été meurtrier..

 

 

 

La déchirure

 

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(Tableau de Montserrat Gudiol)

 

Il aurait fallu surprendre le bruissement des voix
dans les forêts désertes de leurs mémoires,
L’écho assourdi résonne sans trêve
dans l’abîme des malentendus et des outre-dits,
Et le défi reste entier quand il s’agit de renaître
à l’aube du premier jour de l’ultime voyage

 

Il aurait fallu que leurs pensées s’égouttent
comme ces perles de sang d’une blessure sans faille,
Les terres infertiles n’ont plus que la rosée
pour étancher leur soif ou calmer les brûlures,
Les larmes ont laissé dans leurs yeux
la marque indéfectible des douleurs scellées

 

Le ciel est toujours aussi bleu
Et pourtant rien n’est plus comme avant,
Leurs mains se sont détachées
au même instant que leurs regards

La déchirure est là

 

 

Rideau…

 

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Quand les paysages s’offrant à nos yeux

ne sont pas en osmose ou en corrélation intime avec notre paysage intérieur,

ils ne sont plus que décors d’un théâtre sans âme où rien ne se joue..

 

 

Nébuleuse

 

Ce matin-là, les draps avaient déserté mon lit et recouvraient tout un pan de mes souvenirs gisant au sol. Les promesses enfouies dans les replis de la mémoire espéraient encore échapper à la sentinelle de l’oubli, comme ces oiseaux de la nuit qui s’étaient évadés un à un de la cage du sommeil pour tenter de réaliser leurs rêves au grand jour.

L’ombre des arbres se reflétaient toujours dans ces recoins perdus de mon enfance en tamisant les écueils douloureux.

Un profil de femme, toujours le même, réapparaissait en filigrane au sortir de la nuit. Je revoyais alors distinctement ces petits dessins en forme de nuages que maman gravait sur les arbres lors de nos promenades en forêt, comme pour les sauver d’un futur incendiaire.
Par une minuscule brèche de mon esprit, je parvenais quelquefois à me fondre dans ces nuages qui m’invitaient avec tant de volupté au voyage.

Je me souviens.. les soirs de pleine lune ils s’illuminaient et me guidaient sur le chemin du retour, tels des anges de pierre fidèles et immuables, jusqu’aux portes du sommeil..