Vibrations

 

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Photo Hengki Koentjoro

 

Ils se sont accordés en vibrations duelles

Au bout de leurs errances et des sursauts de l’âme

Entre eurythmies factices et distorsions cruelles,

Ils ont gravé sur eux le même monogramme

Dans l’encre des fêlures et le fiel des mensonges,

Ils se sont reconnus à la croisée des rêves

Réprimés en leur fond pareil à cette éponge

Qui retrouverait forme au baiser de la grève..

 

BaBeL (2014)

 

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Tout est là..

 

Ewa Hauton

Peinture Ewa Hauton

 

Dans tout ce qu’elle avait cru savoir,

elle avait ignoré qu’il y a toujours une chose

qui nous échappe, qui change d’état sans

que l’on s’en aperçoive, un fourmillement,

une buée sur la vitre qui déforme la vision.

 

Pourtant tout était là, le cendrier sur la table

basse, le fauteuil à bascule qui reste immobile,

la corbeille de fruits rêvant d’autres couleurs,

et les mots au bord de ses lèvres qui tombent

comme des feuilles et qu’on n’entend pas.

 

Elle était là elle aussi, comme le jour et la nuit

confondus dans ce même crépuscule, mais

dans ce souffle du vent qui fait frémir les arbres,

dans ce silence ponctué par le bruit des vagues,  

sans même le savoir elle était entrée dans l’infime

 

BaBeL (17/08/2017)

 

 

 

La Vénus du Mélo

 

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Oeuvre de Luis Garcia-Nerey

 

Elle n’avait jamais tiré le bon numéro aux jeux de hasard mais elle pressentit qu’ il lui fallait encore une fois tenter le diable.
Elle avait donc accepté cet étrange rendez-vous sans se douter qu’elle se retrouverait face à elle-même dans cette galerie de portraits. Elle revoyait distinctement ce portrait de femme au teint livide et aux yeux enfiévrés qui l’avait projetée soudain face à elle-même comme dans un miroir d’indécence. Se sentant prise au piège, elle avait furtivement balayé du regard la petite salle d’exposition. Mais côté cour comme côté jardin, l’étoffe des corps qui s’interposait entre eux l’empêchait d’y voir clair.

Elle avait tant désiré se défaire de cette emprise sur elle qu’elle avait presque réussi à oublier tout ce qui pouvait la relier à son passé. Mais aujourd’hui elle devait en convenir, il subsistait toujours un semblant de désir pour ce qu’elle s’était acharnée à effacer de sa mémoire. Le désir seul d’être encore désirable, le désir de pouvoir encore s’émerveiller devant la queue du paon.

Elle entendait encore le cliquetis des perles s’entrechoquant autour de ses doigts quand elle portait ce collier qu’il lui avait offert pour sublimer sa beauté. L’image était floue mais le geste et le bruit étaient toujours là..

 

 

Domicile fixe

 

L’une après l’autre il souleva ses paupières, rouillées comme les rideaux de fer des vieilles boutiques.Il jeta un regard autour de lui et ne vit que les haillons de tous ses jours de solitude amoncelés en un tas informe au milieu de la pièce. Comme cette écume de pollution qui retourne à la boue en s’échouant sur les rives de l’humanité. Alors il referma les yeux un instant et se revoyait enfant jouant dans la forêt, jamais lassé par la beauté de cette nature première riche de tant de promesses.

Il n’était pas seul. Une silhouette se découpait dans les stries d’un soleil blafard sur le sol de sa chambre. Il se sentit brusquement comme projeté dans un miroir ouvert sur sa mémoire.L’immeuble était vide de ses occupants et il était sorti pour s’assurer que le vieux panneau « à louer » était toujours accroché au mur lézardé de la façade. Le panneau était tout rouillé mais il était bien là, même si l’inscription était devenue illisible et même presque invisible à force d’attendre.

Une vieille image lui revenait en mémoire, comme ces cadavres qui finissent toujours par remonter à la surface des eaux noires que l’on tente d’ignorer. Le visage sans expression de son père lui était apparu derrière la fenêtre, tel un oiseau en cage qui ne rêverait même plus de s’échapper. Le visage de cet homme sans nom le poursuivait encore parfois jusque dans son sommeil.
Ce jour-là il se souvenait avoir dévalé à toute vitesse les escaliers et, une fois à l’extérieur, avoir couru le plus loin possible jusqu’à ce que la silhouette de cet homme qu’il ne voulait plus reconnaître disparaisse entièrement de son champ de vision.

Une pluie d’été, douce comme la caresse d’un ange, dilua une à une toutes les strates de souvenirs de son enfance.
Se sentant enfin libre, il décida de faire le vide dans sa chambre et d’inscrire son nom sur la porte.

 

Loba

 

yeux-loup

 

Sa fourrure usée jusqu’à la corde lui donnait un air de princesse en haillons, mais la pépite d’or qui dansait dans ses yeux éclairait la nuit comme un feu de joie.

D’une voix sourde elle modula quelques sons que j’eus du mal à décrypter. Je compris seulement qu’elle attendait depuis longtemps comme un signe du destin pour échapper à sa solitude. Soudain une ombre transparente se projeta furtivement sur sa bouche, et à nouveau un silence pesant ourla ses lèvres.

J’avais l’étrange sensation que, si je détournais mon regard ou fermais les yeux un seul instant, elle pourrait peut-être prendre l’apparence d’un monstre. Curieuse de savoir si je n’étais pas aux prises avec l’enfer d’un cauchemar, je décidai de fermer les yeux l’espace d’une seconde.
Et quand je les rouvris, quelle ne fut ma surprise de voir dressée devant moi une louve dans toute sa splendeur sauvage ! Je m’efforçais de garder les yeux bien ouverts et d’imprimer dans ma mémoire cette apparition inespérée. Je désirais de tout mon être qu’elle soit bien réelle et non une simple construction mentale sortie tout droit de mon imaginaire.

Elle était bien toujours là devant moi, et je pus détecter dans son regard une bienveillance chaleureuse comme je n’en avais jamais connue auparavant. Autour de nous la forêt se fit plus dense, comme si elle tentait de nous protéger du reste du monde et de ses contrefaçons.

C’est alors que le tintement d’une cloche lointaine résonna dans ma tête et m’extirpa douloureusement de mon éblouissement nocturne.

Le dernier homme

 

8

 

Larvé derrière sa mémoire en deuil
Estampée du sceau de l’indicible

Depuis ce jour où il franchit le seuil
Eculé de sa dernière demeure
Rien ne s’opposera plus à son exil
Ni plus personne qui crie ou pleure
Implorant Dieu comme on court au péril,
Et courbé sous le poids du silence
Rengaine un dernier sursaut d’espoir,

Honnis soient ceux qui mal y pensent
Ombres agitées dans un mouroir,
Maudire cet homme qui sans mot dire
Muet comme avant la première aube
Entame son ultime odyssée..

 

 

C’est presque..

 

Enzzo BarrenaEnzzo Barrera

 

C’est presque la mer au fond des yeux
Quand le chagrin m’éclabousse
Et m’habille de silence
Ouvrant les vannes de l’indicible

C’est presque la mer au fond de l’âme
Quand le ressac de tes mots
M’arrache la peau et creuse en moi
Comme un fond de lame..

 

Recrudescence

 

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Re-crue des sens en arythmie

Imperceptible aux coeurs déviants

Sous apparence d’accalmie

Perdue entre l’Ouest et l’Orient

Elle désaccorde son violon

 

Et sans vraiment jeter les armes

Elle ressort ses vieux bagages

Où dorment quelques rêves froissés..

 

Fugitive..

 

Brooke Shaden 3Photo Brooke Shaden

 

On dit qu’elle est présente, sans être vraiment là. Certains ont vu sa silhouette se profiler sur des écrans de fumée. On ne la voit pas, on l’entrevoit. Entre les images mentales qui défilent, une lueur. Une petite musique sans notes, une presque voix.

 

– On voit mal.

– C’est normal.

– Et l’on voit quoi ?

– Seulement ce qu’on entend.

 

Un ciel rouillé qui tombe sur la mer. Toujours là, en attente d’une bouée de sauvetage. Un souffle épars, un bruissement d’ailes. C’est peut-être elle qui vient et s’en va. Sans s’arrêter.

 

– On n’entend rien.

– Parce qu’on ne voit rien.

– Alors pourquoi ne pas se taire ?

– Se taire, c’est trop dire.

 

On ne la voit pas, on ne l’entend pas. Mais elle est simplement là, à l’endroit même où elle se cherche. Elle entre dans notre regard, dans notre voix. Pendant un instant, les yeux fermés, on la sent. On devient elle. Puis soudain tout s’évanouit, comme les rêves au petit matin. Et il ne reste plus que soi..

 

A l’aube

 

Kristamas Klousch

Photo Kristamas Klousch

 

Epurée à l’aube naissante,

drapée de ma seule nudité face

à l’ordalie de la meute qui s’éveille déjà,

Le vent et la mer m’ont effacée comme un nuage,

comme un poème écrit

sur le sable..