Rideau…

 

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Quand les paysages s’offrant à nos yeux

ne sont pas en osmose ou en corrélation intime avec notre paysage intérieur,

ils ne sont plus que décors d’un théâtre sans âme où rien ne se joue..

 

 

Nébuleuse

 

Ce matin-là, les draps avaient déserté mon lit et recouvraient tout un pan de mes souvenirs gisant au sol. Les promesses enfouies dans les replis de la mémoire espéraient encore échapper à la sentinelle de l’oubli, comme ces oiseaux de la nuit qui s’étaient évadés un à un de la cage du sommeil pour tenter de réaliser leurs rêves au grand jour.

L’ombre des arbres se reflétaient toujours dans ces recoins perdus de mon enfance en tamisant les écueils douloureux.

Un profil de femme, toujours le même, réapparaissait en filigrane au sortir de la nuit. Je revoyais alors distinctement ces petits dessins en forme de nuages que maman gravait sur les arbres lors de nos promenades en forêt, comme pour les sauver d’un futur incendiaire.
Par une minuscule brèche de mon esprit, je parvenais quelquefois à me fondre dans ces nuages qui m’invitaient avec tant de volupté au voyage.

Je me souviens.. les soirs de pleine lune ils s’illuminaient et me guidaient sur le chemin du retour, tels des anges de pierre fidèles et immuables, jusqu’aux portes du sommeil..

 

 

L’arbre

jacques-reumeauJacques Reumeau

 

On ne survit pas toujours au jeu de la syncope.
Cette nuit-là, après un orage plus violent que les autres, surgit brusquement l’ombre d’un arbre géant dans le jardin désert et totalement détrempé.

Un éclair avait transpercé son sommeil léthargique et une petite lanterne se ralluma dans sa tête, comme un écho lointain qui lui revenait du gouffre de sa mémoire. Elle se débattait de toutes ses forces pour s’extirper de ce cauchemar qui cherchait à l’engloutir. Après de vains efforts, elle s’en remit au génie des lieux et profitant d’une mince ligne de lumière qui déchira la profondeur de la nuit, elle tenta une évasion propice comme la réalisation ultime de son désir de vivre, le seul chef-d’oeuvre accompli de sa vie.

Enfin tout à fait réveillée mais la tête et le corps endoloris, elle se releva péniblement du sol en ne se souvenant plus de rien. Se disant qu’elle avait dû avoir une nuit plutôt agitée, elle prépara comme d’habitude son café du matin et le savoura encore fumant tout en se dirigeant instinctivement vers la fenêtre. C’est alors que dans les premières lueurs de l’aube elle fut saisie de stupeur en découvrant un arbre gigantesque au tronc tout noir dressé en plein milieu de son jardin.

 

Aspérité

 

 

Brooke ShadenBrooke Shaden

 

Au tremblement infime qui froisse l’onde étale
Saisie par le reflet de l’oeil qui se dérobe
Puis se fige en un point où se brouille la focale
Elle abrite sa peur dans les plis de sa robe
Raccorde une dernière fois le fil de son esprit
Infuse sa douleur pour en diluer l’essence
Traque dans ses méandres le joug de l’aporie
Et inverse le courant de tous les contresens..

 

Alcazar de Ségovie

 

Alcazar Segovia

 

Un château qui se dresse comme une tumeur des Dieux,

Témoin d’un autre temps, blessure encore des yeux

qu’adoucit faussement la pâleur  de l’hiver,

il griffe de ses tours un ciel mis à l’envers

et contient sa fureur derrière les meurtrières.

 

Le fantôme d’Alphonse Dix et dit le Savant

y rôde encore parfois dès le soleil couchant

pour expier le péché commis de son vivant

de ne s’être jamais soumis au Tout-Puissant..

 

BaBeL (pour Dominique C.)

 

Sur un fil

 

Anja StieglerAnja stiegler

 

Un fil tendu entre deux pôles

Un fil ténu qui ne rompt pas

 

 Ici

elle se tient en équilibre instable

entre un ciel qui ne se dérobe jamais

et l’ocre de sa terre bien plantée,

 

Pendant qu’au loin les horloges de la cité

mesurent le temps du silence..

 

 

Hiver

 

2014-12-19 14.46.58

 

Hantée par les joutes d’une époque chevalière

Ibérique jusque dans ses meurtrières

Versée dans le mélo d’un passé crucifère

Elle se dresse encore sur son socle de pierre

Réinventant l’hiver dans les bleus de la mer..

 

 

Eau pâle et sens

 

2013-08-18 19.29.37

 

Il est des jours où le trop plein se vide

et où le le vide se plaint

Il est des jours où les mots s’évident de leur sens

pour ne laisser filtrer en leur déliquescence

qu’un frémissement immobile

une opalescence..