Sur le bord

Peut être une image en noir et blanc

Photo Judith in den Bosch

 

sur le bord
rien ne se voit
rien ne s’écoute
rien ne se dit plus

entre deux ombres
un germe de feu
qui brûle sans flammes

un bruit d’eau sans eau
qui creuse l’attente

alors le jour se ferme
sur cet éblouissement
dans le noir qui hurle
entre les pierres

BaBeL

Un jour

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Photo-art Anneke Valbert

~

Un jour,

quand nos exils

se seront consumés

comme un flambeau

d’obscure lumière,

*

Dans une parfaite union

de la main et de la parole,

*

Un jour

je séparerai les eaux

pour que tu parviennes

jusqu’à moi.

~

© BaBeL

Instance

 

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Peinture Karim Meziani

 

Il nous faudrait avoir l’humilité des pierres

Nues en offrande au ciel ou célées sous la terre

Sentinelles pétrifiées face aux effondrements

Toujours à résister contre vents et marées

Aux débords et folies des humains sans esprit

Niant la toute urgence à faire renaître en nous

Cette graine sacrée venue du fond des âges

En instance de prendre racine en nos coeurs

 

BaBeL (acrostiche 2020 modifié)

 

Juste en face

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Oeuvre Ernest Pignon-Ernest (« L’assassinat de Pasolini »)

***

Je regarde le monde par la fenêtre

en écartant les volets

qui claquent au vent

et se referment sans cesse

sur le dedans

~

Moi je claque des dents, de peur

de n’avoir en cet instant

qu’une vision tronquée

du théâtre de la Vie

~

Le regard se blesse

sur une affiche déchirée, là

juste en face, sur un mur de désolation

où la vie s’abîme

~

Une fraction de seconde

où tout se fige

entre le prisme démultiplié

des perceptions visuelles

et la dissonance des voix de la Cité

~

Une fêlure du temps

à peine perceptible

qui suffit à en décoller les morceaux

et à m’épingler le coeur..

~

© BaBeL

Comme si de rien n’était

L’image contient peut-être : ciel, plein air et nature
Photo Daisuke Yokota

***

Comme si le temps s’était arrêté à l’heure du silence

quand tout s’oppose en résistance au besoin du dire

~

Elle a cru qu’on pourrait lire sur les lèvres

mais les mots, un à un, se sont heurtés

au mur de ses dents – infranchissable

~

Elle a voulu écouter le murmure du vent mais le souffle

s’est dissipé avant même d’atteindre son sillage,

la mer avait tout avalé de sa vague gourmande

~

Les pages de son livre ont retrouvé le blanc originel

indissociable du non-paraître,

~

Laissant toute la place à l’imprenable des jours

de l’aube jusqu’au crépuscule,

comme si de rien n’était

~

© BaBeL

Des bouts de moi

Oeuvre Antoine Monmarché (Monch)

J’ai laissé des bouts de moi

des brisées en suspension

des pense-bêtes

Pour que tu n’oublies pas

de m’en défaire

à chacun de tes pas

Des petits bouts de moi

sous les semelles du vent

qui t’envole à tire-d’elle

Me laissant sans voie,

inaudible

éparpillée

invisible

dans les fractures du Temps..

© BaBeL

À la paleur de l’aube

J’ai bu

La rosée du verbe

À la pâleur de l’aube

**

J’ai émietté

Sur mes lèvres

Le souffle du vent

**

J’ai respiré

À pleins poumons

Le murmure de la rivière

**

J’ai écouté

Le bruissement d’un rêve

Courant sur ma peau

**

Et pour m’éclairer

À la clarté de l’âme

J’ai avalé le jour

En crevant l’abcès du soleil

~

© BaBeL

En crevant l’abcès du soleil

Le chemin

Photo Edward Weston

Sur les bords de tes rivières
qui embaument la mer

sur le désordre des pierres
qui nous dénude un chemin

sur les dunes bleues
de nos déserts assoiffés

j‘ai couché les rêves
de tous nos lents demains

© BaBeL

Des Visages & des Masques

 

L’image contient peut-être : une personne ou plus

Oeuvre Jaya Suberg

 

Ils ont ravalé leur parole
dans un reflux à marée basse,
sacrifié leur discernement
sur l’autel béni de la servitude

Ils ont porté aux nues la laideur
et pire encore, la médiocrité,
pour n’être pas exclus des rangs
du grand défilé de la Conformité

Ce théâtre des simulacres
joués sur la scène de leur vie
me donne toujours la nausée

Et si le prix à payer en est la solitude,
je célébrerai encore    à cor et à cri
à contre-vers,

Libre et sans rimes,

la Beauté qu’ils ont foudroyée !

 

© BaBeL

 

 

 

 

Fin de saison

 

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Photo © Olivier Nesa

 

C’était une peur d’enfant, incontrôlable, qui l’avait lentement paralysé.
Au crépuscule de sa vie, il n’avait toujours pas réussi à se débarrasser de cette suie de l’enfance, comme une pollution inaltérable qui se serait infiltrée jusque dans son âme.

Mais à ce moment précis la peur s’était transformée en panique, comme s’il venait de naître et que personne ne l’avait prévenu.

Il venait de sentir un liquide chaud et salé qui empruntait le réseau sinueux des rides, de sa joue jusqu’au coin de la bouche puis de ses lèvres à son menton. Il reconnut à peine le goût de cette larme car il n’en avait pas versé depuis des siècles. C’était bon et doux comme une caresse sur sa peau tannée de solitude. Son coeur battait donc encore et lui servait à autre chose qu’à pomper son sang !

Il ne savait plus pendant combien de temps il était resté là, assis sur son lit et l’oeil rivé sur cette fenêtre ouverte sur le néant.
Il s’aperçut alors qu’une arme pendait entre ses cuisses comme un sexe mou. Il la rangea dans le tiroir de sa commode, décidé à s’en débarrasser la nuit venue. Pour lui qui pensait ne plus jamais être atteint par la moindre émotion, cette larme avait tout bouleversé en un instant.

Pendant toutes ces années il n’avait jamais ressenti de haine ou de rage envers quiconque, mais juste une profonde incompréhension face aux coups d’un destin qui ne l’avait pas épargné jusqu’ici.
Cette solitude qui l’avait accompagné durant tant d’années, la peur qui bien des fois s’était associée à elle et enfin ce mélange complexe d’émotions diverses qui l’avaient submergé à travers cette larme.. tout cela l’incitait à présent à sortir enfin de son vétuste appartement et à marcher droit devant lui, jusqu’à la plage déserte en cette fin de saison.

L’obscurité s’épaississait autour de lui et sa compagne de toujours finit par le rattraper juste au bord des vagues.
C’est alors qu’une unique question lui revint en tête, comme un boomerang – 

« Pourquoi m’as-tu fait ça ? »…

                                                                                 © BaBeL

 

Les murs d’indifférence

 

L’image contient peut-être : Frédéric Delaporte

Oeuvre Suhair Sibai

~

Elle a semé l’épars

comme d’autres prennent racine

creusant un sillon qui se referme à chacun

de ses pas

Les traces délébiles de son chemin de croix

l’ont menée sans détours jusqu’aux portes

de l’Inaccessible

 

Ombre parmi les ombres

une tache encore trop visible à gommer

sur les pages blêmes de nos grimoires

Effacée par tous ceux qui ont fui

l’imploration de son regard

qui accuse

 

Elle s’est cognée aux angles saillants

de leurs évidences assassines

Telle une phalène piégée par la lumière

elle s’est abîmée contre nos murs

d’indifférence

 

Et elle verse une larme oubliée

comme une ultime prière

sur l’autel de l’Abandon

 

© BaBeL

 

Donnez-moi..

 

L’image contient peut-être : nuage, ciel et plein air

 

Donnez-moi une épée

ou une baguette magique

J’aiguiserai l’une à la meule

du coeur pétrifié des morts-vivants

et je brandirai l’autre pour les achever

***

Donnez-moi un grain de sable

pour gripper les rouages des robots

délétères qui nous privent de libre arbitre

Ces leurres persistant finiront en poussières

ferreuses pour consolider les fondations

de nos Tours devenues imprenables

 

© BaBeL

 

Involution

 

Instiller la peur en solution létale
Nous inhibant de toute dissidence

Vouer le libre-arbitre à son stade final
Otages soumis à une vieille récurrence
Lubrifiée à souhait au gel de l’oppression

Usurpation du droit à décider nous-mêmes en
Toute liberté si nous voulons continuer à survivre
Incarcérés volontaires et résignés entre nos murs

Ou changer de paradigme et réapprendre à voler de
Nos propres ailes                à ciel ouvert

 

© BaBeL (20/04/2020)

 

Vibrations

 

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Oeuvre Karim Meziani

 

Ils se sont accordés en vibrations duelles

Au bout de leurs errances et des sursauts de l’âme

 

Entre eurythmies factices et distorsions cruelles

Ils ont gravé sur eux le même monogramme

Dans l’encre des fêlures au solvant qui les ronge

 

Ils se sont reconnus à la croisée des rêves

Enserrés en leur coeur pareil à cette éponge

Qui retrouverait forme au baiser de la grève

 

© BaBeL

 

 

Quel temps fait-il ?

 

Aucune description de photo disponible.

Oeuvre de Nicolai Angelov

 

De l’Orient à l’Occident,

Tu parades sur ton cheval d’orgueil

En effeuillant tes rêves

un peu

beaucoup

à la folie

 

Tu n’auras laissé sur les miens

que cette fleur de sang

qui s’égoutte

encore

 

Aujourd’hui le soleil m’aveugle

Et toi,

quel temps fait-il sous tes paupières ?


© BaBeL

 

Le bûcher des erreurs

 

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Oeuvre Jarek Kubicki

 

Je dansais à en perdre l’en-Vie
Dans tous les bastringues de l’oubli

Les musiques du silence m’avaient entraînée
Sans retenue sur ses rythmes discordants

J’ai trébuché en perdant pied sur les tapis
Trop élimés des plaisirs de contre-façon

L’ivresse vite retombée
Comme un rideau de théâtre
Au dernier acte joué,

Je suis restée seule
Sur la scène des apparences,

Marionnette désarticulée
Au milieu de nulle part

Avec mille précautions
Au fil de tes caresses
Tu as recousu mes déchirures
M’as remis l’eau à la bouche
En m’abreuvant à ta source vive
Ranimé l’ambre fossile de mes yeux
Défroissé une à une chaque parcelle
de ma peau de chagrin

Et en m’immolant
sur le bûcher de mes erreurs

J’ai compris que tu serais
ma dernière demeure

 

   © BaBeL

 

Extraction

 

Résultat de recherche d'images pour "Julian Schnabel peintures"

(Oeuvre Julian Schnabel)

 

Je voudrais quitter mon corps
pour aller vivre ailleurs,

Là où l’instant de lumière
s’était posé près de nous –

Je voudrais déchirer la trame
de nos jours intranquilles,

Avaler tout le gris du ciel
et atteindre la transparence

Pour voir le vol des oiseaux
se refléter dans tes yeux..

 

© BaBeL

 

 

 

L’image contient peut-être : 1 personne

Oeuvre Suhair Sibai

 

Une ombre décalquée sur sa toile de mémoire
Naissance auréolée d’un augure virginal
En présage d’une vie à l’ombre des figuiers

Voilée par le brouillard chargé de cette révolte
Inondant les maquis qui s’embrasaient déjà
Elle ne pouvait pas voir plus loin que son berceau

Promesses non tenues à l’aube de sa vie
Où le ciel et la mer s’entachèrent de sang
Une larme de fiel a coulé sur sa terre
Rouge comme une grenade éclatée de soleil

Rivages innocents de son enfance volée
Irradiant de ces feux qui la faisaient trembler
Elle portait son regard vers un bonheur promis
Ne sachant pas encore qu’elle n’était pas d’ici

 

© BaBeL

 

 

Larmes blanches

 

L’image contient peut-être : plein air

Oeuvre Jaya Suberg

 

 

Des visages en délitescence

Près des yeux loin du coeur

En mal de préférence

 

Puis

 

Des mots à outrance

Ordalies en dissonance

Et à larmes blanches

 

Puis

 

Le gel du silence

Sur l’écran vide

Des évidences

 

© BaBeL

 

 

Le Pendule

 

Image associée

Oeuvre Jarek Kubicki

 

Elle a mal à ses jours
ils ne veulent plus
se réveiller

 

Elle a mal à ses nuits
un ciel aveugle
figé
quand elle ne rêve
que d’étoiles
________ même filantes

 

Un temps
suspendu
au gibet
de l’indifférence
et
________ de l’ineffable

 

© BaBeL

 

Abri côtier

 

Aucune description de photo disponible.

Photo Nick Knight (Paint explosions)

 

Astérie ondoyante sur l’ourlet d’une vague
Balayé par le souffle d’un monde qui s’embrase
Ruisselant sous les feux d’un midi qui s’incline
Il s’étire en langueur loin des forêts brûlées

***

Cerné par des vents qui défrisent les nuages
Ouvert à cor et à cri jusque dans ses entrailles
Témoin silencieux des nuisances humaines
Il reste ancré à cet ilôt de terre promise
Embrassant d’un clin d’oeil et le ciel et la mer
Reclus volontaire d’un Éden en fusion

 

© BaBeL

 

L’écho

 

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Sculpture Ousmane Sow

 

Tu n’as plus sur tes flancs
que douleur affamée,

offrant ta soumission
comme on jette les armes

à la fin d’un combat
sans vainqueur ni perdant.

***

Tu n’as plus dans tes yeux
que ce cri étouffé

déchirant le silence
de nos voix lapidées,

ce désert granitique
où l’écho nous renvoie

celles qui renaissent déjà,
exhumées de tes cendres..

 

© BaBeL

 

Impalpable

 

L’image contient peut-être : plein air

Oeuvre Allison Scarpulla

 

Il y a des jours

et puis des lendemains

comme des rêves,

 

aussi difficiles

à palper

que la misère,

 

Avec son pas qui creuse la soif

et ses mains qui ne retiennent

plus l’eau.

 

***

 

Pourtant

il y a cette lumière,

 

Cette flamme

à peine perceptible

qui tremble dans l’obscur,

Cette espérance

en germe,

 

À nous faire croire

encore

à la promesse de l’aube..

 

© BaBeL

 

Ce qui n’a pas de nom

 

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Oeuvre Sabin Balasa (1932-2008)

 

Laisser venir à toi
ce qui n’a pas de nom

T’abreuver à la source
de l’obscure dépossession

Te laisser vider par le temps
comme ce coquillage par la mer

Et entendre toujours sa rumeur
qui gronde au creux de ton oreille

Tel un hommage posthume
à toutes tes désertions

 

© BaBeL

 

L’enfant des murailles

 

L’image contient peut-être : une personne ou plus

Oeuvre Dante Gabriel Rossetti (1828-1882)
(Beatrice, study for Dante’s Dream)

 

Il resta de marbre quand son chien le sortit du lit comme tous les matins. Tel un automate il s’approcha de la fenêtre. La girouette qui grinçait l’extirpa de son ivresse de la veille et, dans la rosée qui perlait sur la vitre, il aperçut un cheval sans cavalier qui franchissait le muret au fond du jardin.

Dans une fulgurance de sa mémoire, il revit distinctement la scène de son cauchemar où il avait tenté en vain de s’accrocher à la crinière d’un cheval pour ne pas sombrer dans les eaux noires d’un marécage.
Un livre ouvert au hasard lui avait échappé des mains pendant cette évasion propice. Dans la splendeur de l’hiver, un duel au pistolet devait avoir lieu à l’aube pour laver l’offense faite à l’inspiratrice de toutes ses pensées.

Ce jour-là il fut troublé de reconnaître sur l’étal d’un marché la couverture du livre perdu au cours de son rêve. Et il fut pris de panique lorsqu’il s’aperçut que ce roman décrivait précisément toutes les étapes du voyage sacrificiel qu’il avait entrepris en dormant, pour l’amour d’une femme trahie et de cet enfant des murailles qu’elle portait en elle.

 

© BaBeL

 

https://youtu.be/xtyWVrmQPwY

 

Bleu matin

 

L’image contient peut-être : plein air

Oeuvre Jean-Paul Schmitt

 

J’ai repeint les murs
en bleu outremer
le sable a crissé
dans mes tympans
pourtant
c’est autre chose

La nuit s’évapore
en gouttes d’impatience
sur la vitre de la fenêtre
déjà embuée

Et je traverse les matins
dans le froid de ton absence
aveugle et sourde
sans toi

 

© BaBeL

 

 

Impasse

 

Résultat de recherche d'images pour "photos capharnaüm film"

« Capharnaüm » (photo du film de Nadine Labaki)

***

Irrépressible envie de se prendre au jeu des semblables

Modélisant leurs vies au fil barbelé des certitudes

Pesant le pour et le contre sur la balance des injustices

Atlantide perdue dans l’abîme des rêves piétinés

Se souviendront-ils encore de l’innocence des premiers matins

Sans interdit au royaume des fruits non défendus

Et des sens inviolés

 

© BaBeL

 

Incendiaire

 

Aucune description de photo disponible.

Oeuvre Yahne le Toumelin

 

Intrusion de scories migratoires lestées de mort en sursis

Narcose des impuissants à réprimer cette lave nourricière

Cerner les entraves qui gênent la progression du flux

Évaser la sclérose qui nous bouche les yeux et le coeur

Niveler toute aspérité résiduelle des origines refoulées

Dissoudre les concrétions de consciences meurtries qui résistent

Inhérence à l’instinct de survie quand la mort s’acharne

Attiser le feu qui réduira tout en cendres jusqu’à l’absolution

Inoculer le poison létal dans ce qui étouffe déjà au coeur du vivant

Regarder une dernière fois les tours de babel s’écrouler une à une

Et se consumer corps sans âmes dans le brasier rouge sang de l’infamie

 

© BaBeL

 

Mots passants

 

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Oeuvre Dora Maar

 

Tout au bord de l’incertitude
les mots résistent encore un peu
avant de tomber comme lettres mortes
des pages du livre de sa vie,

inachevé

 

Ils avaient grandi en elle,
renforcés par des vents récurrents
la livrant aux métaphrases parodiques
de lecteurs hypothétiques

d’occasion

 

Délestée
du fardeau des méprises et des attentes,
elle tomba enceinte d’un vide immense

Dépossédée
mais perméable comme une éponge
en mal de mer

Elle ne se nourrit plus désormais
qu’à l’éphéméride

des mots passants…

 

© BaBeL

 

 

Eau Pâle et Sens

 

3554_original

Photo Friedrich Grohe

 

Il est des jours
où le trop plein se vide
quand le vide se plaint
de trop

Il est des jours
où les mots renflés
de présomption s’évident
de leur sens

Et ne laissent filtrer
en leur déliquescence
qu’une vibration
muette

Sur l’onde étale
un frémissement

immobile

une opalescence

 

© BaBeL

 

Bleu musique

 

Aucune description de photo disponible.

Oeuvre Karim Meziani

 

 

Une fissure dans le bleu

un fragment d’Azur

éclaté

 

Une partition

délavée

en notes

subaquatiques

 

Une musique qui pénètre

en la mémoire

tremblée

d’un Ailleurs exaucé

 

© BaBeL

 

 

La corde du silence

 

Image associée

Oeuvre Patrice Murciano

 

Je voudrais saigner le silence
Le leur offrir sur un plateau d’argent
Me rendre sourde à ce fracas des voix
Qui me dérivent en m’éloignant de toi

On ne les entend plus et pourtant ils me parlent
Leurs voix se perdent dans des abîmes de fureur
Sans bruit
Qui s’essoufflent sur des océans d’accalmie
où la tempête nous déchaîne encore

Leurs mots se cognent à la porte scellée
De mes lèvres et finissent par rendre l’âme
Pendus à la corde du silence

 

© BaBeL

 

Dubitation

 

L’image contient peut-être : nuage, ciel et plein air

Oeuvre Tommy Ingberg

 

Dériver du droit fil de la pensée

Un ange passe au milieu du discours

 

Biaiser le torrent des mots qui dévalent

Infiltrant les moindres fissures de l’intime

 

Trépaner le cerveau des apparences

Asphyxiant les racines du discernement

 

Transmuer sa certitude en doute majeur

Indissociable de toute bonne partition

 

Oblitérer l’évidence des sentiers battus

Normalisés jusqu’à l’indiscernable

 


©
BaBeL

(acrostiche modifié le 9/08/2019)

 

 

Des-Altérations

 

Résultat de recherche d'images pour "antonio mora oeuvres"

Oeuvre Antonio Mora

 

J’ai dans l’eau de mes yeux une vague d’océan

Brisée par les tempêtes et les colères du ciel
Elle charrie avec elle le cri des goélands
Et le chant des sirènes à l’arrière-goût de fiel

J’ai au fond de la gorge un poison lancinant

Il emperle mes lèvres et rend à mes baisers
Le goût ineffable du fruit gorgé de sang
Où les amants de proie viennent s’y enivrer

J’ai au creux de mes mains tous les sables mouvants

Les déserts et les mers enroulés à mes doigts
Ont tissé une voile où s’engouffrent les vents
Et s’échangent les rêves des mendiants et des rois

 

© BaBeL

 

À bout de souffle

 

Résultat de recherche d'images pour "tchoba oeuvres"

Oeuvre Tchoba

 

Aujourd’hui encore elle se demandait comment elle avait pu ce jour-là échapper à la vigilance de sa mère.

Elle s’était soudain retrouvée dans les rues d’un centre ville étonnamment désert en ce début de mois de juillet, s’étant donné pour mission d’aller chercher sa soeur aînée à la sortie de son travail. Elle avait accéléré son pas, un peu oppressée par cette chape de silence qui pesait sur elle.

Sa mère ne lui avait-elle pas rabâché de ne pas sortir seule car depuis quelque temps on retrouvait des cadavres atrocement mutilés de femmes et surtout de très jeunes filles à l’extérieur des villes.
La plupart du temps, elle étaient kidnappées dans les voitures qui n’arrêtaient pas de sillonner les rues depuis la déclaration d’indépendance, et les restes des corps étaient disséminés dans les champs alentour.

Les trottoirs étaient complètement déserts et Sara sentit son coeur s’emballer à la vue d’une voiture surgie au coin de la rue.
Elle se trouvait à mi-chemin quand elle eut la franche sensation d’être suivie. Elle se retourna pour s’en assurer et se trouva face à une vieille berline aux vitres teintées. Elle ne parvint pas à distinguer les visages du conducteur et des passagers mais, gagnée par un très mauvais pressentiment, elle décida de rebrousser chemin et de regagner le plus vite possible son domicile.

Elle se mit bientôt à courir comme une folle, s’imaginant déjà sous la totale emprise de ses ravisseurs. Sans arrêter sa course, elle se retournait régulièrement pour voir si le véhicule la suivait toujours et c’est alors qu’elle l’aperçut à nouveau, roulant à faible allure derrière elle.

Il ne lui restait qu’à atteindre le bout de la rue, la traverser et en s’engageant dans l’avenue perpendiculaire, elle serait presque arrivée devant son immeuble. Elle souffrait à présent d’un point de côté lancinant qui lui coupait la respiration, mais elle s’efforça de garder le rythme. Cours Sara, cours, cours..!
Encore un petit effort, se dit-elle, alors que son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine et qu’elle dégoulinait de sueur.
« Tu n’vas tout de même pas finir ta vie de cette façon-là, dans ce pays qui n’est plus le tien et que tu t’apprêtes à quitter dans quelques jours. Tu n’peux pas mourir déjà, à ton âge c’est beaucoup trop tôt..! Cours Sara, cours, mais cours plus vite ! »

À bout de souffle, elle traversa la rue et s’aperçut que la voiture avait freiné et s’engageait dans la contre-allée bordant l’avenue de sa résidence. Elle regarda autour d’elle et fut un peu soulagée de croiser un vieux couple sur le trottoir. Le véhicule roulait toujours au ralenti, à environ trente mètres derrière elle, quand enfin elle put pénétrer dans le hall de son immeuble et qu’elle se mit à grimper quatre à quatre les escaliers des six étages la séparant du refuge familial.

Arrivée devant sa porte, elle tambourina de toutes ses forces et quand sa mère lui ouvrit, elle s’effondra en larmes dans ses bras, presque au bord de l’évanouissement.

Depuis ce jour-là Sara n’eut plus qu’un désir, fuir cette terre baignée des bleus de son enfance.

 

© BaBeL

 

 

J’étais là

 

L’image contient peut-être : ciel, océan, nuage, plein air, nature et eau

 

 

Au loin
une Tour de guet accrochée au ciel
se projette dans le bleu insensé de la mer

L’arche des palmiers m’ouvre un chemin
d’ombre et de lumière où j’avance mes pas
sans savoir où je vais

Chaque jour l’oiseau déchire de son chant le voile
de l’aube et enfin livrés au soleil tous ces jardins
qui éclatent en gerbes multicolores

La brise marine exalte les effluves persistants
des citronniers quand les jasmins retiennent
encore leur souffle jusqu’au crépuscule

J’étais là

Au-delà de cette frontière qui ne m’est
que blessure

Là où je n’étais plus que moi

 

© BaBeL

 

L’offrande

 

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Oeuvre Rimel Neffati

 

Si je pouvais t’offrir l’immensité du ciel
Et ses nuées d’oiseaux venus d’autres pays

Si je pouvais t’offrir toutes les langues de Babel
Et ce chant de la mer qui prolonge la nuit

Avec tout cet amour à l’étroit dans mon coeur
Je les déposerais en offrande à tes pieds

Mais je n’ai que rêves mis à nu sans pudeur
Ne marche pas sur eux ils pourraient s’ébruiter

 

© BaBeL

 

La Porte du Dedans

 

Aucune description de photo disponible.

Oeuvre Ernesto Garcia Pena

 

Jai rêvé d’une Porte
qui ne s’ouvrirait que de l’intérieur

Une porte du Dedans sans clé ni serrure
qui nous préserverait des leurres et des fêlures

 

J’ai rêvé d’une Porte
sans embrasure ni saignée sur les murs

Juste un droit-d’entrée à l’évasure de ton amour
où je ne perdrais plus mon centre car il serait Partout

 

© BaBeL

 

Là-bas

 

Résultat de recherche d'images pour "Philip mckay oeuvres"

Photo Philip McKay

 

Je voudrais mourir dans tes cheveux

mais avant

Je voudrais boire une dernière fois
dans la coupe de tes mains offertes
cette eau claire qui prend source
dans ce tendre jailli de toutes
tes saisons en enfer

 

Comme le chant de l’alouette
qui colore de mille éclats l’aube pâle
du jour recommencé tu me dirais que
l’amour est toujours innocence

 

Tu déchirerais le voile de mes peurs
secrètes et m’embraserais tout entière
au feu de tes lèvres affamées

 

Tu soufflerais sur ma peau le sirocco
de cette terre lointaine qui coule encore
dans mes veines et tu me ramènerais

Là-bas

Où le vent du Désert s’essouffle
sur les dunes éternelles

 

© BaBeL

 

 

Quand ton regard…

 

L’image contient peut-être : plein air

(Oeuvre Tchoba)

 

Quand ton regard devient regard

ton coeur s’arrête un peu

 

juste le temps d’expurger

l’invasif de tous tes fragments

éclatés

 

ces sédiments de rêves coagulés

qui engorgent tes artères

de Vie dense

 

Quand ton regard devient regard

tu n’entends plus toutes ces voix sourdes

éparpillées

 

et tu ne vois plus que le cri étouffé

en des corps de silence

 


© BaBeL

 

 

Une écharde

 

L’image contient peut-être : fleur, plante, nature et plein air

 

 

Elle poussait à l’intérieur

d’une autre façon qu’aujourd’hui

 

Une averse l’avait faite éclore

sur un lit de prières ensevelies

 

Cette semence des cieux

qui avait traversé tous les déserts

et coulé jusque dans ses veines

 

Cette sève asséchée depuis

par des vents trop brûlants

n’aura laissé en elle

que

 

cette écharde au repli de son coeur

 

© BaBeL

 

 

Cap au Vert

 

Oeuvre Zao Wou Ki

 

Je suis ce bateau désenivré
échoué dans un jardin

Trop vert

À la merci de la pluie et des vents

Il avait pourtant hissé haut dans les voiles
son dernier rêve d’un changement de cap

Il l’a fait chavirer de bord
et l’a couché sur cette terre

Trop fertile

Là où les vers se sont repus de tous
ses Bleus Outremer

 

© BaBeL

 

Le Point du Jour

 

L’image contient peut-être : plein air

Oeuvre Jarek Kubicki

 

Le moment où la moiteur des corps

vient rompre l’invisible

 

Où des débris de rêve se déposent

sur le saillant du tangible

 

Ce moment de grâce au point du jour

quand le monde reprend forme peu à peu

sous les paupières

 

De longs silences épuisent la lumière

qui s’infiltre dans les fissures des volets

en violant les secrets de la nuit

 

Ils s’imprègnent tout doucement de bruits

de formes et d’odeurs dont ils ne savent

rien encore

 

Un rayon de soleil vient aveugler le jour

du drap nu de l’oubli


©
BaBeL

 

 

Elle

 

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(Oeuvre Montserrat Gudiol)

 

J’ai gardé sa lumière
dans l’humide de mes yeux

J’ai gardé sa chaleur
dans ma solitude sans aile

J’ai bu toute sa peine
dans le verre vide de ses exils

Elle reste toujours en moi la Mère
que je n’ai pas choisi d’être

Elle est celle que je cherche

Elle

que je reconnaîtrai

dans les Bleus Espaces sans chemin

 

© BaBeL

 

 

Larmes blanches

 

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(Oeuvre Jaya Suberg)

 

Des visages en délitescence

près des yeux loin du coeur

en mal de Préférence

 

Puis

 

Des mots à outrance

ordalies en dissonance

et à larmes blanches

 

Puis

 

Le gel du silence

sur l’écran noir

des Évidences

 

© BaBeL

 

 

Détours

 

Oeuvre Jarek Kubicki

 

Elle est entrée dans le marécage

de ses yeux et son poing s’est

refermé sur la dernière

lueur du jour

 

Elle avait creusé son chemin

dans le souffle du vent

en suivant le surplomb

des pierres désensablées

 

Les nuages en laitance ont viré

à l’obscur et sans rien y voir

elle s’est retrouvée à

la case départ

 

Cette fenêtre ouverte

sur les béances du Monde

Là où la marée de ses tumultes

l’avait faite dériver au gré des tracés

sans contours et de ses déTours de Babel

 

© BaBeL

La Porte d’Ivoire

 

L’image contient peut-être : 1 personne

Oeuvre Enzo Barrena

 

Elle voit tourner la roue

À l’envers

 

Décentrée dans un espace-

temps qui lui tourne le dos,

elle s’agite en tous sens

À contre-sens

 

Ses contorsions l’extravaguent

et l’aspirent toute entière dans ces marée-

cages qu’elle avait tenté de fuir,

 

Il lui dessine une Porte d’Ivoire

pour l’évader du gouffre de sa mémoire,

 

Alors elle lui prend la main

ferme les yeux

et sans plus rien y voir,

Elle avance..

 

© BaBeL

 

 

 

 

Ils disaient..

 

L’image contient peut-être : nuage, ciel et plein air

(Photo Kelly Tan)

 

Elle disait

Bois dans la coupe de tes rêves jusqu’à la lie,

Ce nectar de ton imaginaire dissoudra tes peurs,

Affronte les géants de papier et déchire leurs entrailles

pour en faire des confits marinés dans leur sang d’encre.

 

Il disait

Regarde autour de toi, sans chercher à t’égarer

dans le monde de l’imperceptible, là où les Ombres

se cherchent à l’infini sans parvenir à se rejoindre.

Fais de tes propres désirs la source claire

où tes jours et tes nuits viendront s’abreuver.

 

Depuis ce jour où leurs voix se sont tues,

je n’entends plus ce que je vois

et je ne vois plus ce que j’entends.

 

J’ai cessé de me perdre et

plus rien ne m’arrive..

 

© BaBeL

 

 

Élucidation

 

La métamorphose II Paweł Kosior

(Oeuvre Pawiel Kosior)

 

Horde sauvage de ces guerriers de l’ombre

qui assiègent ma mémoire, fantômes d’alors,

Fantoches dans le désordre d’alors,

 

Ils sont toujours là, exhumés des champs du repos,

À brandir d’autres épées, à croiser d’autres lames,

 

Avec l’éclat des mots sur le couchant des vers

Dont je sais à présent

Le pouvoir et le sortilège.

 

© BaBeL