
Arturo Martini
Tout en marchant, elle se remémorait cette scène qui l’avait marquée, étant adolescente. Elle se revoyait appuyée sur ce rebord de fenêtre oxydé par la rouille afin de mieux observer la cérémonie qui se déroulait à l’intérieur, dans cette pièce aux éclairages tamisés. Enivrée par la senteur tenace des rosiers qui s’accrochaient au mur, elle n’avait perçu que les ombres indistinctes de corps entremêlés et des souffles chargés d’érotisme.
En continuant sa promenade, elle avait suivi des traces de pas qui l’avaient menée jusqu’à ce tronc d’arbre amputé de ses branches, et se retrouva bientôt plaquée contre lui, offerte au pilori de ses fantasmes.
C’est alors qu’il l’aperçut de loin et en s’approchant d’elle, il l’imaginait nue, défaillante sous ses mains expertes traçant sur son corps le chemin du plaisir. La soie de sa peau perlée du miel de l’extase le faisait chavirer.
Il se savait en danger face à la violence de son désir, mais ne pouvait résister à cette force qui l’aimantait vers elle .. comme ce vent qui se lève juste avant l’orage, et emporte tout sur son passage.
Elle entendait presque, au fond de sa mémoire, le son de sa propre voix le suppliant d’arrêter cette délicieuse torture des sens qu’il lui infligeait.
Elle avait beau se répéter cette phrase dans sa tête, « je suis libre à jamais ».., sous la violence de ce désir d’homme, toutes ses défenses tombaient une à une. Rendant enfin les armes, elle s’offrit à lui corps et âme, tel un festin de roi.
Le corps et l’esprit en paix, elle sort doucement de son sommeil, bercée par le bruit des vagues et le murmure du vent qui lui renvoit l’écho de ses silences..
Babel (10/2007)