En partance

 

 

La mer s’est enroulée sur l’écharpe de sa colère

et le silence est tombé sur la crête des vagues

 

L’ombre des falaises se profile sur le ciel de mes nuits

où brille haut l’Etoile du sud

 

Elle m’attire dans son sillage de lumière

 et m’invite au voyage..

La flûte des vertèbres

 

Alexandre Rodchenko (Maïakovski,1926)

 

À vous toutes

que l’on aima et que l’on aime

icônes à l’abri dans la grotte de l’âme

comme une coupe de vin

à la table d’un festin

je lève mon crâne rempli de poèmes

Souvent je me dis et si je mettais

le point d’une balle à ma propre fin

Aujourd’hui à tout hasard je donne

mon concert d’adieu

Mémoire !

Rassemble dans la salle du cerveau

les rangs innombrables des biens-aimées

verse le rire d’yeux en yeux

que de noces passées la nuit se pare

de corps en corps versez la joie

que nul ne puisse oublier cette nuit

Aujourd’hui je jouerai de la flûte sur

ma propre colonne vertébrale

 

Vladimir Maïakovski (1893-1930)

Extrait de « La flûte des vertèbres », 1915

 

 

Eau désespoir !

 

Lydie Aricks

 

Le ciel à sécher

sur une corde à linge -

Les nuages épinglés pleurent d’orage. 

 

Je me souviens..

 

Albert Marquet

 

Je me souviens

de ces aubes pâles qui s’empalaient 

sur les exhortations lancinantes du Muezzin

Des lambeaux de silence planant encore sur les toits 

des maisons engourdies par la tiédeur nocturne

 

Je me souviens

du figuier voûté sous le poids de sa ramure

des fruits gorgés de soleil dont je faisais mes délices

au seuil de ces jours empreints de langueur persistante

Les derniers rêves incrustés s’évaporaient lentement 

dans les arômes de café mêlés au parfum des orangers..

 

Tout près..

 

Nikolai Lutohin

 
Il se disperse au gré du vent
Comme le sable entre les doigts
Il poursuit ses rêves d’enfant
Au détour de chemins de croix
 
Il n’a pas vu qu’elle était là
Tout près
Dans l’ombre de ses pas
 
Il s’invente des jeux de hasard
Où la raison ne fait plus loi
Et vend son âme sans le savoir
A des marchands de peu de foi
 
Il n’a pas vu qu’elle était là
Si près
Dans l’ombre de ses pas
 
Il se joue du temps qui passe
En traversant tous les miroirs
Et brise le mur de l’angoisse
Dans une fuite où il s’égare
 
Il n’a pas vu qu’elle était là
Tout près
Juste au bout de ses doigts..
 
 
Babel (06/2007)
 
 

Cuit Cuit !

 

Schlomo Alter

 

Le châtiment de la cuisson appliqué aux imposteurs

Chaque fois que les gens découvrent son mensonge,
Le châtiment lui vient, par la colère accru.
” Je suis cuit, je suis cuit ! ” gémit-il comme en songe.

Le menteur n’est jamais cru.

Alphonse Allais

 

Les Pas Perdus…

 

Frantisek Drtikol

 
J’ai descendu des fleuves d’Impatience
Accrochée au radeau des Médusés,
J’ai voulu croire aux pactes des Infidèles
Qui n’ont jamais eu d’autre prière que leur Crédo..
 
J’ai mordu dans des fruits au goût trop amer
Qui pour toujours m’ont écoeurée des jardins d’Eden
A la beauté trop parfaite de décors de théâtre
Et aux Amours d’imposture qui s’y jouent..
 
J’ai marché en aveugle pour contrer les évidences 
Et franchi les horizons où agonisait le soleil,
Je me suis égarée loin de ma Terre première
Et depuis tout ce temps je dérive encore 
A la recherche des Pas Perdus..
 
 
Babel (05/2009)
 
 

Reflux..

 

 

La mer retirée,

Bois flotté sur le sable -

Un rêve échoué..

 

La cérémonie..

 

Arturo Martini

 
 
Tout en marchant, elle se remémorait cette scène qui l’avait marquée, étant adolescente. Elle se revoyait appuyée sur ce rebord de fenêtre oxydé par la rouille afin de mieux observer la cérémonie qui se déroulait à l’intérieur, dans cette pièce aux éclairages tamisés. Enivrée par la senteur tenace des rosiers qui s’accrochaient au mur, elle n’avait perçu que les ombres indistinctes de corps entremêlés et des souffles chargés d’érotisme.
 
En continuant sa promenade, elle avait suivi des traces de pas qui l’avaient menée jusqu’à ce tronc d’arbre amputé de ses branches, et se retrouva bientôt plaquée contre lui, offerte au pilori de ses fantasmes.
 
C’est alors qu’il l’aperçut de loin et en s’approchant d’elle, il l’imaginait nue, défaillante sous ses mains expertes traçant sur son corps le chemin du plaisir. La soie de sa peau perlée du miel de l’extase le faisait chavirer. 
Il se savait en danger face à la violence de son désir, mais ne pouvait résister à cette force qui l’aimantait vers elle .. comme ce vent qui se lève juste avant l’orage, et emporte tout sur son passage.
 
 Elle entendait presque, au fond de sa mémoire, le son de sa propre voix le suppliant d’arrêter cette délicieuse torture des sens qu’il lui infligeait.
Elle avait beau se répéter cette phrase dans sa tête, « je suis libre à jamais »..,  sous la violence de ce désir d’homme, toutes ses défenses tombaient une à une. Rendant enfin les armes, elle s’offrit à lui corps et âme, tel un festin de roi.
 
 
Le corps et l’esprit en paix, elle sort doucement de son sommeil, bercée par le bruit des vagues et le murmure du vent qui lui renvoit l’écho de ses silences..
 
 
Babel (10/2007)
 
 

Youn Sun Nah

 

ou la Voix démultipliée..

 

 

 

et ci-dessous, dans une autre couleur..

 

http://www.francetv.fr/culturebox/youn-sun-nah-enchante-marciac-61417

 

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